Mon wallon, ma patrie

Disparu, oublié ou en passe de l’être, le wallon? Des "carabistouilles", oui! Même s’il se pratique moins, il continue à se transmettre aux nouvelles générations par des voies parfois surprenantes.

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Èle mè l’avout toudi promis. Ène bèle pètite gayole pou mète èm canari…" Cet air, que fredonne Julos Beaucarne à chacune de ses apparitions depuis un quart de siècle, ne vous dit rien? Il est pourtant considéré comme l’un des chants traditionnels en wallon les plus emblématiques du folklore du sud du pays. "A chaque fois que j’entame La petite gayole, je m’attends à une réaction du public. J’ai alors l’impression d’être un porte-drapeau, semble toujours s’étonner le chanteur-compositeur et poète de 76 ans. Pour beaucoup de gens, c’est toujours un vrai bonheur d’entendre du wallon. C’est une langue à la fois drôle et conviviale qu’on aime parler quand on se retrouve entre amis."

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On n’est dès lors guère surpris d’apprendre que la proposition de décret du député socialiste Marc Bolland fait chaud au cœur de "Julos". Ce texte, qui doit être soumis au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, vise la protection et la promotion des "parlers" régionaux, dont le plus répandu: le wallon. Mais les francophones le veulent-ils vraiment? Quelle importance attachent-ils aujourd’hui à cette langue endogène? Le wallon survivra-t-il à l’indifférence de la nouvelle génération ou est-il voué à n’être plus causé que par les pépés attablés au Café du Peuple et quelques "barakis d’kermesse"? Petit état des lieux…

Au sud du pays, le wallon serait encore parlé par 1.000.000 à 1.300.000 de "wallonophones" répartis sur 70 à 75 % du territoire (on l’entend moins en Brabant wallon). Chaque année, 350.000 d’entre eux assistent aux représentations données par les quelque 300 troupes de théâtre amateur. Avec plus de 7.000 pièces en langues régionales (terme incluant le wallon, le picard, le gaumais et le luxembourgeois), le panel est suffisamment large pour contenter un public d’initiés. D’autres préfèrent entretenir leur wallon en prenant des cours de chant ou en écoutant les compositions du Carolo William Dunker ou du Liégeois Jacques Lefebvre.

Pas que les vî trigu 

Que des nostalgiques d’un temps où régnait encore l’esprit de clocher? Contrairement à ce que l’on imagine, les "vî trigu" (comprenez "les aînés") ne se partagent pas tous les fauteuils des salles de cabaret wallon. "Les jeunes font aussi partie du public… comme des membres des petites troupes", assure Paul Lefin, président de l’Union culturelle de Wallonie, qui regroupe la grande majorité des sociétés de promotion du wallon. "Même le prestigieux Théâtre de la Place à Liège vient de programmer une pièce en wallon. Il s'agit des Vwès del nut, de l’auteur liégeois Jean-Rathmès. Petit bémol tout de même: de plus en plus de pièces sont jouées, et non imaginées, en wallon. Il s’agit souvent de traductions de textes écrits en français ou mêlant les deux langues.

L’avoir "dans l’oreille"

Jean Germain, président de la Commission royale de toponymie et de dialectologie, en est tout aussi certain: le wallon n’est pas près de s’éteindre. "Au XIXe siècle déjà, on prédisait sa disparition. Mais une langue ne meurt pas si vite", retrace ce passionné de patrimoine qui concède cependant que sa transmission a bien besoin d’un meilleur encadrement. "Dans les années 30, on parlait déjà d’intégrer des cours de wallon dans l’enseignement. Plus tard, dans les années 90, nous nous sommes quand même posé la question de son implantation et de sa pérennité. L’étude s’est avérée très compliquée parce qu’à l’époque déjà, il y avait les actifs, ceux qui parlaient le wallon, et les passifs, ceux qui le comprenaient plus ou moins. Ce qui est par contre apparu avec certitude, c’est qu’on le parle de moins en moins et inégalement selon les régions. Donc, oui, le wallon a bien besoin, aujourd’hui, d’une mise en valeur et, peut-être bien aussi, d’une certaine standardisation pour l’uniformiser et assurer une transmission plus facile."

Redonner au wallon ses lettres de noblesse pour qu’il ravive notre identité wallonne: oui, mais comment? Pour Jean Germain, la balle est dans le camp… des grands-parents. "L’apprentissage du wallon a sauté une génération. Parce qu’à l’heure où les parents travaillent de plus en plus, les "djambots" sont souvent confiés à leurs papys et mamies qui continuent à leur parler en wallon. Ce qui fait qu’ils l’ont toujours dans l’oreille."

Faut-il aller plus loin encore et intégrer son enseignement dans nos programmes scolaires? Certaines écoles, comme à Blegny, en région liégeoise (commune qui a pour bourgmestre Marc Bolland), ont pris l’initiative de proposer des ateliers en wallon dès la maternelle. D’autres directions, par contre, se sont heurtées aux réticences des parents.  "Quand je suis arrivée, il y a 13 ans, on dispensait encore ce genre de cours", relate Sabine Labarre, directrice de l’école communale de Ligny (Sombreffe). "Mais il y a deux ou trois ans, les parents ont commencé à se plaindre parce que ces cours étaient intégrés dans le programme scolaire. Or, ils estimaient que ces heures devaient être récupérées pour apprendre le français." Ou une vraie langue étrangère...

Ces objections, Jean Germain dit les comprendre. "Très franchement, je pense aussi qu’il vaut mieux d’abord apprendre le flamand ou l’anglais. Mais le wallon a tout de même son intérêt parce qu’il fait appel à un mode d’apprentissage différent, davantage basé sur la tradition orale, la mémoire collective et l’expression d’émotions. D’ailleurs, parler wallon amuse beaucoup les enfants. Certains, plus réservés en classe, ont même tendance à se lâcher pendant les cours de wallon. Signe qu’il peut aussi être un facteur d’intégration. Autre point positif: on sait aujourd’hui que les enfants qui apprennent une langue régionale éprouvent moins de difficultés à assimiler par la suite une langue étrangère. On a pu observer ça chez les petits Espagnols habitués à jongler avec le catalan et le castillan."

Wikipedia en wallon

Aujourd'hui, le candidat au parler wallon dispose de divers outils médiatiques, comme Wallons, Nous!, le magazine mensuel diffusé sur La Trois et l’émission Les liégeoiseries sur VivaCité Liège. Mais aussi de bien d’autres supports: plusieurs dictionnaires français-wallon, dont un Assimil de poche et Li Ptit Larousse do wallon, toute une série d’ouvrages littéraires et historiques, des Tintin ou des Gaston Lagaffe traduits en wallon ou la récente BD bilingue Apprenez le wallon avec le petit Tchantchès agrémentée d’un CD. Plus surprenant, le wallon a aujourd’hui quitté le monde des "cinsî" pour s’offrir une vitrine planétaire: Internet! En quelques clics, nous avons aujourd’hui accès à plusieurs sites spécialisés, à des traductions instantanées sur Lexilogos ainsi qu’au moteur de recherche Gôgueule (Google) et à wa.wikipedia.org (Wikipedia). Oufti, qué djeu! A quand une application iPad en wallon?

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