La Belgique doit-elle construire ses propres armes militaires ?

Le gouvernement finance à nouveau l’industrie militaire, essentielle pour garantir l’autonomie de la défense. Malgré le manque d’éthique de ce secteur à 5 milliards d’euros qui traite encore avec des États peu fréquentables.

Armes belges ©BelgaImage

On préférerait qu’elle n’existe pas. L’industrie de la défense, ou de l’armement, est pourtant importante dans un pays comme le nôtre. Georges Heeren, consultant de la Fédération sectorielle Agoria, et ancien ingénieur civil de l’armée, fait le parallèle avec les masques durant la pandémie. “Les produits de défense sont des biens de première nécessité pour assurer notre protection. Si on n’en produit pas, en cas de crise, on ne pourra pas en obtenir. Que la pandémie serve de leçon… D’autant qu’une arme, ce n’est pas un masque: on ne peut pas en fabriquer à la maison en cas de pénurie avec du tissu et de la ficelle.

 

Après un an de guerre en Ukraine, personne ne conteste la nécessité de préserver cette activité, voire d’encourager son développement économique. Même François Graas, coordinateur de l’Observatoire des armes wallonnes et représentant d’Amnesty International, ne se dit pas “anti-armes” bien qu’il s’oppose au commerce avec des pays irrespectueux des droits humains comme l’Arabie saoudite. Le gouvernement fédéral est lui aussi convaincu.

Développer de nouvelles technologies

Il offre un nouveau soutien à l’industrie via l’initiative “DRIS”: 1,8 milliard d’euros d’argent public sera redistribué aux entreprises et aux centres de recherche actifs dans ce secteur d’ici 2030. L’enveloppe doit servir au développement de nouvelles technologies militaires et renforcer l’autonomie stratégique de la Belgique et de l’Europe. À accroître, aussi, nos capacités de production. “Une autonomie renforcée commence par une base industrielle ­renforcée”, justifie la ministre de la Défense ­Ludivine Dedonder.

L’autonomie, précise Heeren, ce ne sont pas ­seulement la production et les technologies. “L’industrie nationale a une plus-value, car elle est plus proche du client, à savoir la Défense, et peut réagir plus rapidement. En cas de guerre, l’État a une mainmise sur celle-ci, et peut obliger les ­producteurs à travailler pour son compte. Si on dépend uniquement de maisons mères étrangères, disons américaines, en cas de crise, il est probable que celles-ci aient d’autres priorités. La maintenance d’armes vendues à la Belgique passerait au second plan, et notre pays serait pénalisé. Il est donc important d’impliquer les entreprises, y compris dans les accords avec des acteurs étrangers, pour que nous ayons cette capacité de maintenance.

Retrouvez notre article complet Armée belge : prête à la guerre? dans notre magazine de la semaine

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