Comment résoudre l'énigme Alzheimer : les récentes avancées réjouissantes

Une découverte exceptionnelle des chercheurs de l’UCLouvain devrait permettre de mieux poser les diagnostics à l’avenir.

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Un cerveau détruit ne se répare pas. Le seul espoir pour guérir les personnes atteintes d’Alzheimer, c’est de détecter la maladie avant qu’elle ne fasse des dégâts et, dans ce cas, de trouver des traitements et médicaments. Longtemps en déroute totale devant les maladies neurodégénératives, les chercheurs font ces dix dernières années d’énormes progrès dans la compréhension d’une maladie face à laquelle on est encore réduit à freiner tant bien que mal les inéluctables dégâts. La dernière découverte en date, réalisée par des chercheurs de l’Institut de neuroscience et de l’Institut de Duve de l’UCLouvain est à ce titre particulièrement réjouissante.

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On peut réaliser aujourd’hui des ponctions lombaires pour mesurer les protéines qui s’accumulent dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Bernard Hanseeuw, professeur à l’Institut de neuroscience de l’UCLouvain, compare cela au sucre dans une tasse de café: si le sucre va se coller au fond de la tasse, il y a un problème. De même, s’il y a une protéine, baptisée “tau”, agrégée, le cerveau fonctionne moins bien, notamment au niveau de la mémoire. “Mais Alzheimer n’est pas la seule maladie de la protéine tau. Jusqu’ici on ne parvenait pas à les distinguer. Pour y parvenir, nous avons prélevé des échantillons sur des personnes décédées. Et nous avons comparé la protéine tau soluble et la protéine tau agrégat.” Comme une goutte de café ne dit pas ce qui est agrégé comme sucre au fond de la tasse, il a fallu utiliser la spectrométrie de masse pour caractériser les protéines tau. “On a vu que les modifications sur la pro­téine soluble pouvaient indiquer les agrégats. Cela va servir à obtenir un diagnostic précoce et pouvoir essayer dans ce cas des traitements”, se réjouit Bernard Hansseeuw.

Les ponctions lombaires, que Bernard Hanseeuw qualifie de “prise de sang du neurologue”, ne sont pas encore remboursées par la Sécu. L’idée est à l’avenir de pouvoir détecter ces protéines probléma­tiques par une simple prise de sang. Et surtout de pouvoir enfin agir sur les causes de la maladie. Bernard Hanseeuw souligne que l’originalité du travail est d’avoir ­comparé la protéine soluble et les agrégats, alors que l’essentiel des biochimistes travaillent sur les agrégats, visibles au microscope tandis que les neurologues travaillent sur la protéine soluble qu’ils obtiennent du vivant des patients par la ponction lombaire. “Sur un plan plus fondamental, cette comparaison permet de mieux comprendre le processus d’agrégation. Notre hypothèse est que les modifications qu’on retrouve uniquement sur la protéine agrégée provoquent sans doute l’agrégation. Et celles qu’on retrouve uniquement sur la protéine soluble empêchent probablement l’agrégation. Cela ouvre des pistes pour développer un biomarqueur, donc un diagnostic, mais aussi pour préciser quelles sont les modifications qui font que cette protéine s’agrège ou pas. Ce résultat confirme que le problème des maladies neurodégénératives n’est pas la ­production de ces protéines car elles sont ­produites normalement. Le problème, c’est l’élimination ou la modification de ces pro­téines une fois qu’elles ont été produites.

Maladie sexiste

Les femmes âgées sont davantage affectées que les hommes. Sur 25 malades, 10 sont des hommes et 15 des femmes. Une différence également liée à la différence d’espérance de vie entre les deux sexes. Des scientifiques américains ont observé 40 échantillons cérébraux prélevés sur des patients dont la moitié sont décédés de la maladie d’Alzheimer. En comparant les données entre les hommes et les femmes, les chercheurs ont constaté “une différence d’activité d’une protéine nommée C3 dont l’expression s’avère beaucoup plus inflammatoire chez les femmes que chez les hommes”. Cette protéine se retrouve dans de nombreuses connexions cérébrales. L’équipe évoque également l’impact de la ménopause et les effets de la chute en œstrogènes.

Actuellement en Belgique, 190.000 personnes sont atteintes de démence, parmi lesquelles 130.000 souffrent de la maladie d’Alzheimer.

Six minutes de sport

En Nouvelle-Zélande, des scientifiques de l’université d’Otago assurent que pratiquer seulement six minutes d’exercice de haute intensité par jour pourrait aider à retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Dans le cadre de cette étude, les scientifiques ont cherché le meilleur moyen de stimuler la ­production de la protéine BDNF. Pour cela, ils ont soumis les participants à quatre activités: un jeûne de 20 heures, 90 minutes de vélo à faible intensité, une séance sportive intense de 6 minutes ou un jeûne et des exercices. D’après les conclusions publiées dans The Journal of Physiology, c’est l’activité vigoureuse pendant 6 minutes qui était le plus ­efficace pour produire cette protéine béné­fique.

Nouveau médicament

Le 6 janvier dernier, la Food and Drug ­Administration a accordé une approbation accélérée à un médicament. Comme le rapporte l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments, cette étude a été menée auprès de 856 patients atteints par la maladie d’Alzheimer. “Les patients recevant le traitement ont présenté une réduction significative de la plaque amyloïde bêta en fonction de la dose et du temps”, rapporte la FDA. Ce traitement est réservé aux patients qui ne sont pas à un stade avancé de la ­maladie. La FDA met en garde contre certains effets indésirables graves comme des hémorragies cérébrales.

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