Voici pourquoi il faudrait bannir les smartphones des salles de concert

Le parterre de smartphone a vécu tout l'été devant des scènes déchainées. Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui dans les mémoires ?

Voici pourquoi il faudrait bannir les smartphones des salles de concert
@Pexels

La période faste des festivals touche à sa fin avec petit à petit l'arrivée de l'automne. Devant les scènes, aux quatre coins du pays, des milliers de fans se sont massés pour entonner leurs hymnes favoris. Et bien souvent, à bout de bras, leur smartphone enclenché, prêt à immortaliser le spectacle. Immortaliser pour eux. Peut être davantage encore pour les autres.

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Les artistes ne s'adressent plus tant aux personnes mais bien aux milliers d'objectifs sortis d'une poche. En juin dernier, à Dublin, le chanteur de Placebo, Brian Molko, interrompait sa performance. "Si vous voulez que le concert continue, rangez vos téléphones", avait-il sommé. Plus tard, sur les réseaux, un fan écrivait : "C'était tellement rafraîchissant de ne pas regarder le concert à travers les téléphones de tous ceux qui se trouvaient devant moi."

La tendance n'est pas neuve. En 2019, de nombreux artistes se levaient contre cette utilisation intempestive de ces smartphones. Il y a peu, Nekfeu disait : « Ils filment mes concerts, au lieu de les vivre ». Mais pourquoi veut-on immortaliser ces instants de vie au lieu de les vivre ?

Pour le philosophe français, Raphael Enthoven, il faut chercher la réponse non pas dans le présent, mais bien dans le futur. "Les gens sacrifient l'expérience qu'ils pourraient faire de ce moment à la possibilité de dire qu'ils étaient là", confie le penseur à Brut. Filmer, partager son expérience, c'est l'assurance d'exister dans ce monde virtuel. Dans ce monde au coeur duquel likes & shares confient la valeur d'un individu. Filmer et partager, c'est prendre sa place, c'est se faire attribuer sa place, aux yeux de nos congénères.

Mais ce besoin de filmer dépasse cette simple et dangereuse course à la reconnaissance sociale. "On filme les choses pour être certain non pas de ne pas les oublier, mais bien pour les oublier, puisqu'elles sont autre part. Le résultat c'est un déni du présent. L'intention c'est de garder l'événement dans le passé dans la mémoire, mais en même temps de mettre cet événement à distance", analyse le philosophe dans une interview accordée à Brut.

Il poursuit son analyse : "Il est plus difficile dans la vie de vivre les choses, que de se filmer en train de les vivre. La vrai difficulté dans la vie c'est l'étonnante simplicité qu'il faut avoir pour vivre ce que l'on vit, pour danser lorsque l'on danse, pour dormir lorsque l'on dort. C'est à dire d'être le contemporain de soi même. Et le paradoxe, c'est que pour être le contemporain de soi même, il ne faut pas se regarder."

Vivre l'instant présent. Regarder ce que l'on regarde. Frapper dans les mains sans se regarder frapper dans les mains. Voilà certainement un bel exercice à réaliser lors de votre prochain concert. Laisser son smartphone dans la poche est sans doute un préalable à la réussite de cette entreprise. Le laisser loin dans la voiture est un garantie d'aller dans la bonne direction pour enfin (re)vivre ces expériences uniques.

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